Composer de Edge of Memories, l’IA est un outil utile mais critique pour l’art : « L’art ne peut exister sans l’humanité »
L’intelligence artificielle générative bouleverse de nombreux métiers créatifs. Dans le jeu vidéo, les compositeurs de musique originale se trouvent en première ligne face à un outil qui pourrait, à terme, uniformiser les bandes-son et leur faire perdre leur âme.
Le point de vue d’un compositeur expérimenté
L’adoption massive de l’IA générative a un impact profond sur la société. Parmi les plus touchés, on trouve les artistes dont les œuvres uniques risquent d’être remplacées par des produits dérivés et sans relief.
Si l’attention se porte souvent sur les illustrateurs, les compositeurs et musiciens de jeux vidéo sont également concernés, bien que moins visibles. Avec l’émergence de groupes musicaux entièrement générés par IA, parfois difficiles à distinguer du réel pour l’auditeur non averti, une menace plane : celle de voir les bandes-son de jeux devenir génériques, perdant la magie qui participe à l’expérience unique du joueur.
C’est pourquoi nous avons interrogé Cédric Menendez, compositeur principal de la musique d’Edge of Memories, qui a collaboré avec des noms comme Yasunori Mitsuda (Xenoblade) et Emi Evans (NieR), sur la façon dont l’IA générative modifie le métier.
« Je pense que considérer l’IA comme un outil est bénéfique, mais pas comme un outil pour créer de l’art. Elle peut être utile pour des brouillons, mais la qualité musicale reste très, très en deçà de celle de vrais compositeurs. Et pour les voix, c’est encore pire, à mon avis », explique Cédric Menendez. « Je crois que l’engouement pour l’IA va bientôt retomber. Il s’agit surtout pour certains d’un moyen de maximiser leurs profits en éliminant l’humain du processus créatif, mais cela n’a pas de sens. L’art ne peut exister sans l’humanité. »
En tant que musicien amateur, je partage largement l’analyse du compositeur. Si l’IA peut éventuellement servir d’aide en début de processus créatif, elle ne remplacera jamais l’être humain. Il faut espérer qu’une prise de conscience collective au sein du secteur permette de résister à cette tendance, qui menace d’uniformiser l’art de la pire des manières.
Retrouvez-nous dans les prochains jours pour l’interview complète avec l’équipe derrière la bande-son d’Edge of Memories.



