Un vétéran de Bethesda avertit que sortir The Elder Scrolls VI plus vite réduirait ses fonctionnalités, mais 10 ans serait un échec total
Le prochain opus de The Elder Scrolls VI pourrait encore nous faire patienter de nombreuses années. Selon un ancien développeur clé de Bethesda, cette longue gestation pourrait paradoxalement être une bonne nouvelle pour le jeu.
Le dilemme du développement : vitesse, moyens et qualité
Annoncé en 2018, The Elder Scrolls VI pourrait ne sortir sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series X|S que dans plus de dix ans. Bruce Nesmith, concepteur principal de The Elder Scrolls V : Skyrim, explique que ce délai long est peut-être nécessaire pour préserver l’ampleur et la finition du projet.
« Il y a un adage en développement logiciel qui dit que le processus a trois angles : les ressources, le temps et la qualité (qui inclut les fonctionnalités et la finition) », a déclaré Nesmith à FRVR. « Le studio en choisit deux, ce qui détermine le troisième. Si vous fixez les ressources et le calendrier, cela décide du niveau de qualité que vous obtiendrez. Vous ne pouvez pas dicter les trois, seulement deux. »
Pour accélérer les temps de développement des futurs The Elder Scrolls et Fallout, comme le souhaiterait la direction de Xbox, il faudrait augmenter les ressources ou réduire les fonctionnalités, voire les deux. Les moyens étant déjà considérables, aller plus vite pourrait entraîner d’importants problèmes.
« À mon avis, le plus grand risque des calendriers raccourcis est la qualité : fonctionnalités réduites, finition moindre ou bugs », affirme Nesmith. « Ce qui est fait en dernier finit souvent par être mis de côté pour boucler le jeu à temps. Des temps de dev plus rapides donneraient certes des suites plus rapidement. Mais ce n’est pas la bonne question. Ces suites risquent de décevoir les fans. »
Une solution pour éviter une attente aussi longue serait de confier des jeux dérivés à d’autres studios, sur le modèle de Fallout : New Vegas, ou de réutiliser des assets. Certains studios japonais y parviennent, comme Square Enix avec la trilogie Final Fantasy VII Remake. Mais les développeurs occidentaux, eux, peinent à suivre cette voie. Bethesda a d’ailleurs été vivement critiquée pour sa réutilisation dans Starfield. Selon Bruce Nesmith, l’industrie s’est mise elle-même dans une impasse.
« Chaque nouvelle sortie doit être plus grosse, meilleure, avec plus de contenu. Ce qui demande plus de temps, de ressources et de fonctionnalités. Les éditeurs l’exigent. Les fans l’exigent. Mais ‘plus gros’ n’est pas proportionnellement plus dur à faire. C’est géométriquement plus dur. Vingt pour cent de staff ou de temps en plus vous donnent moins de vingt pour cent d’amélioration. »
Avec son développement étalé sur tant d’années, The Elder Scrolls VI devrait être le plus ambitieux de la série. Reste à voir si les épisodes suivants prendront moins de temps à produire, et quel prix il faudra payer pour y parvenir.
La série demeure l’une des franchises RPG les plus populaires. Toutefois, un fort succès commercial ne garantit pas une fidélité des joueurs, comme l’a montré le cas de The Elder Scrolls IV: Oblivion Remastered. Dans un marché où ces données influencent le destin des projets, des cycles de développement plus courts pourraient impacter l’avenir d’une licence, aussi populaire soit-elle.



