Des enquêteurs à Los Angeles ont révélé un réseau de contrebande qui a réussi à acheminer des processeurs graphiques d’une offre de plusieurs dizaines de millions d’euros vers la Chine, malgré des contrôles d’exportation stricts. Deux jeunes adultes sont accusés d’avoir orchestré ce trafic depuis un bureau banal à El Monte.
Une opération de contrebande révélée
Des documents judiciaires récemment publiés décrivent comment ALX Solutions Inc. a vu le jour quelques semaines après que Washington a renforcé les règles d’exportation de puces à la fin de 2022. En l’espace de vingt mois, l’entreprise a enregistré 21 expéditions, souvent via Singapour ou la Malaisie, en déclarant des cartes vidéo comme des marchandises exemptées de licences. Une inspection de routine a mis au jour la fraude : les scanners douaniers ont détecté des caisses remplies des accélérateurs les plus prisés du marché.
Des transferts bancaires ont révélé qu’un acheteur basé à Hong Kong avait envoyé 1 million d’euros d’avance, tandis que d’autres dépôts plus modestes provenaient d’entités liées à des entrepreneurs du secteur de la défense. Les enquêteurs ont également intercepté des discussions sur Signal où Chuan Geng, cofondateur, conseillait son partenaire Shiwei Yang sur la manipulation des commandes pour éviter d’éveiller les soupçons.
Régulations en matière d’exportation
L’affaire repose sur une régulation du Bureau de l’industrie et de la sécurité publiée en octobre 2022, qui a bloqué l’accès de la Chine aux puces capables de gérer d’importants calculs de réseaux neuronaux, à moins que les exportateurs ne sécurisent d’abord une licence commerciale. Les autorités estiment que le seuil, d’environ 600 gigaoctets par seconde de bande passante, correspond au hardware qui pourrait accélérer les applications d’IA militaire.
Les détails de l’affidavit se lisent comme un roman d’espionnage : une palette mal étiquetée interceptée par les douanes de Long Beach en décembre, un numéro de série renvoyant à la base de données des partenaires de NVIDIA, et une surveillance nocturne d’un fourgon de livraison. Lors de l’exécution d’un mandat de perquisition, les agents ont découvert des plateaux anti-statiques vides correspondant à environ mille GPU haut de gamme, d’une offre de 25 millions d’euros.
Conséquences légales et perspectives
Geng, résident légal aux États-Unis, s’est rendu sans incident. Yang, dont le visa étudiant avait expiré en 2020, a été arrêté à l’aéroport de LAX, en possession d’un billet aller simple pour Taipei. Un magistrat a libéré Geng sous caution de 250 000 €, tandis que Yang reste en détention en attendant une audience prévue pour le 12 août. Tous deux sont inculpés en vertu de la loi sur la réforme du contrôle des exportations, avec des peines pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison.
Le département de la Justice, aux côtés du bureau du procureur de Los Angeles, poursuit cette affaire. Le FBI a qualifié le complot de « classique transbordement avec une touche moderne », tandis que le Bureau de l’industrie et de la sécurité a annoncé des sanctions civiles potentielles et un possible interdiction d’exportation à vie.
Les dépôts publics montrent que Geng a déjà été directeur financier d’une plateforme de commerce électronique éphémère, tandis que Yang gérait une entreprise de réexpédition à Los Angeles. Aucun d’eux n’a un passé dans le secteur technologique, renforçant l’argument des procureurs selon lequel ALX a été créée uniquement pour introduire des puces sous embargo sur le marché affamé d’accélérateurs chinois.
Les procureurs doivent encore obtenir un acte d’inculpation d’un grand jury, et la défense prévoit une stratégie précoce : ils soutiendront que les puces acquises étaient juste en-dessous du seuil de performance requis. On peut s’attendre à des témoignages d’experts importants concernant les seuils de bande passante et les révisions de firmware. Un procès pourrait avoir lieu dès le printemps 2026, offrant un aperçu de la manière dont Washington entend gérer la contrebande de silicium dans l’ère de l’IA.



